Depuis maintenant plus de 30 ans, les gouvernements successifs ont essayé de réformer l’école en profondeur ou de façon purement esthétique, en se cassant souvent les dents, tour à tour, sur les syndicats ou l’opinion publique. Un de ces responsable politique, Claude Allègre pour ne pas le citer, est resté dans les mémoires pour être le ministre qui a animalisé  son propre ministère, en l’affublant du délicieux surnom de mammouth. Donnant à l’école, et l’éducation nationale en générale, un statut de citadelle imprenable et surtout irréformable ! Différents rapports, comme le PISA (Programme International pour le Suivi des Acquis des élèves) tirent des conclusions alarmistes, sur la baisse de niveau des élèves d’années en années, reléguant la France, 5 ème puissance mondiale, au fin fond des classements internationaux !

Aujourd’hui le ministre de l’Education Nationale , Jean-Michel Blanquer, mène tambour battant une réforme qui peu facilement perturber les néophytes, sur le but précis, que celle-ci cherche à atteindre. Cependant, elle se révèle être d’une efficacité imparable. En effet, elle recouvre trois points névralgiques du système scolaire : l’apprentissage, le Baccalauréat et l’accession à l’université.

C’est Murielle Pénicaud, actuelle Ministre du travail, qui a révélé il y a quelques semaines, la réforme concernant l’apprentissage. Sur l’ensemble des mesures “esthétiques” mises en place, deux doivent retenir notre intérêt : l’âge d’accession à l’apprentissage porté à 30 ans et le transfert de compétences des régions vers les accords de branches des entreprises. Ce qui signifie que dorénavant, les entreprises décideront de l’ouverture des formations et du nombre de classes. Ainsi les entreprises, pourront former de la main d’oeuvre sur mesure, selon les besoins locaux du marché du travail !

En ce qui concerne le baccalauréat, ce qu’il faut essentiellement retenir, est la mise en place d’une dose de contrôle continu dans la note finale. Cette mesure pouvant paraître totalement anodine, est en réalité un véritable déséquilibre de l’égalité entre les établissements scolaires. En effet, selon la provenance de l’élève, un Bac, vaudra plus qu’un autre. Ce qui aura pour effet évident, une sélection à l’entrée des Universités !

Mais, où est-ce que je veux en venir, me direz-vous? Et bien tout simplement, à la découverte d’un rapport de l’OCDE (L’Organisation de Coopération et de Développement Economiques) il y a seulement quelques jours. Ce rapport, intitulé “Cahier de Politique Economique n°13 – La Faisabilité Politique ajustement”, date du milieu des années 90 et a été rédigé après une table ronde organisée à Philadelphie. Et ce que l’on peut dire, c’est que les conclusions de ce rapport, décrivent avec tout le cynisme que l’on peut lui attribuer, la politique de démantèlement de l’éducation nationale menée de façon pleine et consciente, de la part de tous nos dirigeants, depuis des décennies.

Il est établi que : “Pour réduire le déficit budgétaire, une réduction très importante des investissements publics ou une diminution des dépenses de fonctionnement ne comportent pas de risque politique[…]”.

Que : “On peut réduire, par exemple, les crédits de fonctionnement aux écoles ou aux universités, mais il serait dangereux de restreindre le nombre d’élèves ou d’étudiants. Les familles réagiront violemment à un refus d’inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l’enseignement et l’école peut progressivement et ponctuellement obtenir une contribution des familles,ou supprimer telle activité. Cela se fait au coup par coup, dans une école mais non dans l’établissement voisin, de telle sorte que l’on évite un mécontentement général de la population[…]”.

” L’apprentissage à vie ne saurait se fonder sur la présence permanente d’enseignants “, mais il doit être assuré par des ” prestataires de services éducatifs. […] La technologie crée un marché mondial dans le secteur de la formation. […] La possibilité nouvelle de proposer des programmes d’enseignement dans d’autres pays, sans que les étudiants ou les enseignants partent de chez eux, pourrait fort bien avoir d’importantes répercussions sur la structure du système d’enseignement et de formation à l’échelle mondiale “. Si le rôle des pouvoirs publics n’est pas méconnu, il se limite à ” assurer l’accès à l’apprentissage de ceux qui ne constitueront jamais un marché rentable et dont l’exclusion de la société en général s’accentuera à mesure que d’autres vont continuer de progresser “.

Une population “non-rentable” ! Voilà comment sont nommés les enfants des classes populaires et moyennes-basses ! Ceux, qui en majorité, choisissent l’apprentissage ou fréquentent les établissements publics non surcotés ou les ZEP !

Nous pouvons lire ailleurs, qu’ “il est urgent de développer la formation sur le tas pour fournir des postes de travail qui connaissent la plus grosse augmentation en volume. Des emplois de vendeurs, gardiennages, d’assistants sanitaires, d’agents d’entretiens, d’hôtesses d’accueil, de conducteurs de camions, de remplisseurs de distributeurs de boissons ou d’aliments !”

Des emplois sans besoins de qualifications importants. Des emplois réservés, à ceux qui n’auront pas pu bénéficier d’un enseignement scolaire suffisant. D’ailleurs, la Commission Européenne indique que : “Pour environ 25% de la population scolaire, l’enseignement apporte une formation trop faible, mais bien trop importante pour 40 à 50% de ceux qui en bénéficient !” C’est à dire que même si certains font des études, la moitié de la population scolaire ne pourra pas pratiquer le métier dont ils ont obtenu le diplôme. C’est tout simplement, la surabondance de postulants par rapport à la raréfaction contrôlée de l’emploi, dans le but d’abaisser les niveaux de rémunérations et de restreindre le mécontentement général et les actions sociales.

Voici comment la fabrique de chair à canon, nécessaire à l’alimentation d’un marché du travail ultra-libéral, a depuis des années été mise en marche ! L’école ne fabrique plus des penseurs et des éclaireurs mais des faiseurs et des suiveurs. Le système a opposé le savoir, c’est à dire la recherche de la vérité, aux compétences des savoir-faire et des savoir-être. Le CAPES, sésame pour devenir professeur de collège ou de lycée, est bradé à des personnes ayant obtenu des notes tellement basses, qu’un journaliste de France 2 est devenu professeur de mathématiques en seulement quelques minutes! n’importe quel enfant, quand à lui, aurait eu droit à un redoublement… si celui-ci était encore d’actualité ! Je finirais ce papier, simplement, par ces mots de Louise Michel, qui valent bien plus que n’importe quelle conclusion :

“La tâche des instituteurs, ces obscurs soldats de la civilisation, est de donner au peuple les moyens intellectuels de se révolter.”

 

 

 

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