Opinion : La loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Eglises et de l’Etat, appelée loi sur la laïcité, va fêter en 2018 ses 113 ans. Cette loi, érigée comme le pilier principal de la République Française, en est devenue elle-même une sorte de religion. Malmenée depuis déjà quelques années dans le débat public, elle est la cible des mélanges des genres. Politiques, religions et libéralismes de notre temps, font-ils vaciller cette dame centenaire ?

Souvent décrite comme la loi parfaite, sorte d’eugénisme législatif, permettant le vivre ensemble dans une nation aussi hétérogène, voir aussi hétéroclite que la notre, la loi sur la laïcité est perpétuellement brandie pour rappeler qu’elle est la garante du vivre ensemble. Pourtant, notre pays a rarement été aussi divisé. Les idéologies extrémistes, d’où qu’elles viennent, sèment le doute sur les intentions réelles de nos concitoyens. Rangeant par catégories, dans des maelstroms sans queues ni têtes, telle ou telle personne, selon sa couleur, sa religion ou son origine géographique. Or, c’est ce que la loi sur la laïcité devrait éviter.

Un peu d’histoire !

En histoire, il est souvent fait référence au terme de cycle et il semble bien que nous soyons arrivés à la fin d’une ère. Cependant, la loi de 1905 n’est pas arrivée inopinément. Elle n’est pas la finalité qu’un quorum et encore moins d’un vote populaire. Elle est le résultat de siècles et de siècles de massacres, de pogroms, traditions séculaires de nos ancêtres, que de tuer toute personne ou tout peuple ne souhaitant pas se convertir à la religion dominante. Est-il bon de rappeler que Charlemagne ait fait décapiter plus de 4000 scandinaves en une seule journée, pour le simple fait qu’ils ne voulaient pas devenir chrétiens ? Que Louis IX, dit « Saint Louis », au-delà des multiples croisades, fût le premier bien avant Adolf Hitler, à orner les vêtements des juifs, d’un blason appelé « rouelle » pour que ceux-ci soient immédiatement identifiables ? En quelque sorte les prémisses de l’étoile jaune. Ou encore le duo Charles IX/Catherine de Médicis et le massacre de la Saint Barthélemy, qui empourpra la Seine de sang protestant.

Pourtant, assez tôt, de par la volonté du pouvoir de s’exonérer du dictât de l’église, des bribes de laïcité ont commencé à poindre. Cela a été le cas de Philippe IV dit « Le Bel » qui voulu s’affranchir d’une taxe, l’annate, perçue par l’Eglise catholique et son Pape de l’époque Boniface VIII. Le Bel s’opposa au Vatican, affirmant qu’ayant été désigné lui-même par le pouvoir divin, il était le seul à décider de l’affranchissement d’un impôt. Même si tout cela s’est déroulé sur fond de trame spirituelle, la politique à vite repris sa place.

Bien plus tard, à la fin du XVIème siècle : l’accession au trône d’Henri IV. Suite à la mort d’Henri III, assassiné par le moine Clément émissaire du Duc de Guise, le successeur au trône désigné n’était autre que le frère du roi défunt : Henri IV ! Problème : celui-ci n’était pas catholique mais protestant! A cette époque un groupe de bourgeois, de gens de lettres, appelés les Loyalistes, étaient en quelque sorte les précurseurs du « Siècle des Lumières ». Ils expliquent alors, que peut importe la religion d’Henri IV, la loi salique étant de rigueur, c’est donc à l’ainé de la branche d’être le successeur ! Cette loi salique, royaliste, est en quelque sorte l’ancêtre de la loi sur la laïcité, séparant le pouvoir, de la religion, par l’hérédité du sang. Rappelons tout de même qu’ Henri IV se convertit au catholicisme, même si personne ne resta dupe de la manœuvre. Après tout, comme souligne cette citation qui lui a été attribuée : « Paris vaut bien une messe ! ».

D’autres événements survenus ultérieurement, peuvent donc encore expliquer de manière téléologique l’avènement d’une loi sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Le but était de faire coexister dans le même cadre national, la même société, des personnes ne partageant pas le même point de vue religieux. Avant l’application de la loi de 1905, deux courants de pensée s’opposaient. L’un porté par Emile Combes, chef du gouvernement, voulaient tout simplement détruire les lieux de cultes et éradiquer la religion du domaine public. Cela amena d’ailleurs à la fermeture de plus de 2500 établissements scolaires religieux en 1902. Dans le camp d’en face, Aristide Briand militait pour respecter les libertés individuelles. Bien entendu c’est cette seconde vision qui servie de colonne vertébrale à ce que nous connaissons aujourd’hui, malgré des années de débats houleux au sein des institutions même.

Aujourd’hui …

Alors pourquoi de nos jours, la laïcité n’est-elle plus garante de cette fraternité pluraliste ? Serait-elle devenue une loi obsolète ? Anachronique avec les mœurs et les réalités de notre temps ? C’est en effet plus compliqué qu’il n’y parait. Si nous nous référons à l’article 2 de la loi, il est inscrit que « la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. » L’importance de l’expression «ne reconnait » est capitale. Définition de reconnaître : Accepter quelque chose, le tenir pour vrai ou réel, l’admettre, le constater. Or la République, donc l’Etat, ne reconnait en rien les religions. Alors une question vient à se poser : quel est rôle des élus de la République ?

Est-il normal qu’un Président de La République alors en fonction, déclare, je cite, que “l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur” ! Que des Présidents de la République en fonction « acceptent » le titre « honorifique » de Chanoine de Latran (curés du pape) ? Que les obsèques nationalisées de la plus grande vedette française, aient lieu dans une église, dans laquelle se sont rendus des membres du Gouvernements, des élus et trois Présidents de la République dont un actuellement en poste ! Je rappelle le nom de la loi : loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Eglises et de l’Etat ! Il parait alors évident de constater que les premiers à piétiner la notion de laïcité sont les élus eux même !

Ces mêmes élus qui font, votent les lois, devraient donner l’exemple. A l’heure du libéralisme à outrance, de la transparence portée, elle aussi en notion de vertu, il est de leur devoir d’être irréprochables. Les moyens, les canaux d’informations sont devenus incontrôlables, facilitant le prosélytisme dans ce qu’il peut avoir de plus dangereux. Les dirigeants ne peuvent plus jouer avec la laïcité, c’est bien trop grave!

Et les religieux l’ont bien compris également. L’omniprésence des cortèges anti-avortements et homophobes pendant la loi sur le mariage pour tous. La campagne présidentielle de François Fillon portée aussi par Sens Commun. Robert Menard et Laurent Wauquiez qui installent respectivement une crèche et des santons dans des lieux publics. Des doubles discours de Tarik Ramadan à l’apparition d’une jeune fille modernement voilée durant les auditions d’un télé-crochet. A l’interdiction de toute critique objective d’Israël ou d’une personne juive sous peine d’être accusé d’antisémitisme ! Subrepticement, les uns et les autres positionnent leurs pièces sur ce grand échiquier qu’est la liberté d’expression et la liberté de cultes. Restons vigilants !

La réponse à ce danger d’insurrection spirituelle c’est l’ETAT ! L’indépendance de l’État à l’égard des religions, de toutes les religions ! il ne faut jamais oublier que de la liberté de culte est née la revendication de la liberté de conscience, celle-ci garantissant que la loi de la République et au-dessus de la loi et du fait religieux ! L’histoire se regarde toujours de façon holistique, ne l’oublions jamais.

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