Le témoignage d’une dysphorique.

Introduction

La dysphorie du genre est un mal-être personnel et social de personnes ne se sentant pas du genre (comportement souvent assimilé à un sexe ) que leur sexe sous-entend. C’est un sujet extrêmement lourd, sensible et complexe, alors on a décidé (plutôt que d’en faire un article que sur le théorique ) d’interroger une dysphorique du genre (née mâle et se sentant femme).

Présente-toi :

« J’ai 26 ans et c’est elle et je m’appelle Lena (Yasha c’est mon pseudo de dessineuse haha) »

Que fais-tu dans la vie ? :

« Illustratrice avec plein de projets »

Quand as-tu commencé à ressentir ta dysphorie du genre ? :

« Depuis toujours, mais je savais pas ce que c’était, j’ai pas été éduquée à ça »

Ton adolescence a-t-elle été dure ? :

« Bah, j’ai essayé de nier tout ça en fait, j’ai eu que des amies filles, et cetera. Mais, je ne me posais jamais de question car mon malaise n’avait pas de réponse, alors je me disais juste que j’étais « différent » (au masculin à l’époque) et que je m’entendais juste avec les filles, que c’était le hasard. J’ai eu beaucoup de relations amoureuses mais même si j’ai de bons souvenirs ça n’a jamais abouti à quelque chose de durable et de sain, aujourd’hui je sais pourquoi. J’étais tout simplement pas moi-même. »

Recevais-tu des moqueries ? :

« Oui, je recevais des moqueries car j’avais les cheveux longs. Dès que je les coupais les gens me respectaient plus, mais en règle générale j’arrivais quand même à me faire apprécier, même si les mecs étaient jaloux car j’étais avec des filles tout le temps (alors que c’étaient des amies quoi). »

Ils voyaient ta personnalité avant tout, n’est-ce pas ? :

« Ouais »

As-tu déjà eu une relation avec quelqu’un où tu assumais pleinement ta dysphorie et ton genre :

« Non, la dernière relation que j’ai eu j’étais encore pas assumée. Mais je me posais énormément de question. Depuis que je m’assume je veux pas de relation car je veux me concentrer sur moi-même pour l’instant »

Te nomalisais-tu pour être tranquille ? :

« Hum… bah… en gros, vu que je savais pas ce que j’étais je ne faisais que suivre le mouvement de la société, même s’il m’arrivait de sortir des clichés (cheveux longs, période émo haha) car j’aimais tout simplement un style ou une fringue et que je voulais la porter car je m’aimais bien dedans (mais jamais explicitement « féminin » car à l’époque c’était ridicule, et cetera, même aujourd’hui c’est considéré comme ridicule de toute façon) »

Tu n’aurais jamais porté une robe même si tu l’aimais bien :

« Ouais, de toute façon à l’époque je me serais dit :
“Mais n’importe quoi, porter une robe c’est débile, même si je la trouve jolie je ne pourrais jamais la porter” »

Des gens ont remarqué ton absence de cisnormativité (=ont remarqué ta dysphorie) ou c’est que quand tu l’as assumée qu’ils s’en sont rendus compte ? :

« Hum, à ce qu’il paraît mon frère s’en doutait, mais, sinon, nan, j’ai fait mon comming out et c’est tout »

Tu oses t’habiller comme tu veux maintenant ? :

« Pas en public : puisque je veux avant tout faire ma transition physiologique. En attend je me déguise en mec et ne dit rien à personne pour ne pas me fatiguer avec ça au quotidien, mais quasiment tout mon entourage le sait et m’accepte.
Les administration, les magasins, et cetera : j’ai pas envie de devoir m’expliquer à chaque fois, et aussi j’ai pas envie de risquer de me faire agresser dans la rue… »

Tes proches ont-ils vite assimilé ? ou ça t’a séparé de gens de ton entourage ? :

« Tout le monde a accepté dans mon entourage. J’en ai juste pas parlé à mes parents car je n’ai pas envie d’avoir cette discussion avec eux pour l’instant : surtout mon père qui est l’opposé d’une personne déconstruite. »

Milites-tu pour la cause transexuelle/transgenre/LGBT

« Bah du coup oui, je fais ça à mon échelle et j’essaye aussi d’écouter celle et ceux qui savent mieux que moi avant de parler »

Vas-tu faire une vaginoplastie ?

« Alors, logiquement c’est une question super privée et je dirais que ça serait mieux de ne pas la poser en général, mais comme je suis une personne assez “osef” sur ce thème, je vais te répondre que oui, et c’est même pour moi une étape indispensable pour être enfin pleinement moi-même. Mais ce n’est évidemment pas le cas de toutes les personnes trans (d’où l’idée qu’un sexe biologique ne fait pas le genre, puisque souvent, après un long traitement, même si t’as un pénis, les gens te disent madame, et c’est là une belle preuve que la société est très perverse de base puisqu’elle expose depuis toujours le sexe biologique des gens à travers des clichés, alors que ça pourrait très bien être confidentiel…) On a encore du chemin à faire ! »

Désolé pour la question indiscrète mais c’est un peu indissociable sur ce sujet :

« Oui, mais le droit de non réponse est aussi une réponse valable, et aussi le droit d’exprimer que l’entre-jambe des gens peut devenir confidentiel. C’est une vision intéressante qui mérite d’être partagée je pense, beaucoup de gens deviennent “pansexuels” ce qui signifie qu’ils se fichent de l’entrejambe et du genre de la personne en face, ils laissent juste place à leur sentiment, et généralement ça rejoint cette idée de confidentialité.

J’imagine que poser la question sur l’entre-jambe de la personne se ferait normalement plus dans une situation de relation privée et sexuelle, puisque qu’en dehors de cette situation, l’information n’est qu’une réponse à de la curiosité un peu perverse, non ? »

Tu appréhendes le changement de vie radical après ta métamorphose ? :

« Je suis impatiente et n’attend que ça pour enfin vivre vraiment »

Merci beaucoup pour le témoignage ! :

« Bon courage pour ton article j’ai hâte de le lire 😉 »

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